Appelons histoire naturelle l’évolution habituelle des MICI. Les médicaments ont pour but de modifier ou d’enrayer le processus inflammatoire. Il est important de comprendre que l’objectif thérapeutique dans les MICI a évolué au cours de la dernière décennie.  Il ne s’agit plus simplement de stopper les symptômes. Le but principal reste celui d’améliorer la qualité de vie du patient jusqu’à un niveau proche de celui d’un sujet sain. Mais aussi, dans la mesure du possible, de soigner « au-delà » des symptômes. Cela veut dire que l’on ne se contente pas de la disparition des symptômes, mais que l’on aspire à une régression ou une cicatrisation des lésions du tube digestif. Cet objectif d’amélioration « anatomique » de l’intestin est devenu possible grâce à l’utilisation de traitements efficaces (immunomodulateurs ou biologiques). Un patient dont les lésions ont cicatrisé présente moins de risque de chirurgie ou d’hospitalisation, en d’autres termes une maladie de bien meilleur pronostic.

  • Rectocolite (RCUH)
  • Dans la RCUH, la localisation des lésions diffère de celle de la MC : seuls le rectum et/ou le côlon sont atteints, jamais au-delà ; l’anus est également épargné. En cas de proctite ou rectite, la maladie se cantonne au rectum et s’avère moins grave que les formes s’étendant au côlon gauche, et surtout à tout le côlon.

    Les lésions affectent uniquement la muqueuse et pas la paroi : il s’agit de fragilité de la muqueuse, et à un stade plus avancé, d’érosion et d’ulcérations.

    Les symptômes consistent en diarrhée,  présence de mucus (glaires) et de sang, ainsi que des  coliques précédant les émissions. Une anémie avec altération de l’état général peut survenir, surtout dans les formes étendues au côlon gauche et à tout le côlon.

    Comme dans la MC, on peut observer des symptômes extra-intestinaux : douleurs articulaires, manifestations cutanées, atteinte oculaire. Parfois, la maladie peut  être associée à une autre pathologie des voies biliaires : la cholangite sclérosante primitive.

    Le diagnostic se base, au-delà des symptômes et de leur chronicité, sur l’aspect des lésions à l’endoscopie (rectoscopie ou colonoscopie) et à l’examen microscopique (biopsie) après avoir exclu initialement une infection (notamment par examen de selles).

     

  • Histoire naturelle de la rectocolite
  • Les statistiques concernant la RCUH révèlent que :
    • 50 à 85% des patients ont une maladie considérée comme légère, facilement contrôlée et maintenue en rémission par les aminosalicylés ou dérivés de la mésalazine (Pentasa®, Colitofalk®,Salazopyrine®, …)
    • 15 à 35% des patients ont une maladie chronique active, c’est-à-dire des symptômes persistants qui nécessitent d’autres traitements.
    • 10% de tous les patients vont développer, à un moment donné de leur histoire, une poussée sévère.
    • Selon les données historiques (anciennes), la probabilité cumulée de colectomie (ablation du côlon) chez un patient avec colite gauche est de 12% à 25 ans et de 40% en cas de pancolite. Une complications est rarement observée : dilatation toxique du côlon ou mégacôlon en cas de colite grave nécessitant une chirurgie en urgence.
    • Il existe un risque accru de cancer colorectal en cas de rectocolite, ce risque est d’autant plus important que l’atteinte est étendue, que la maladie existe depuis longtemps et que l’inflammation est mal contrôlée. Ce risque justifie un suivi par coloscopie et biopsies, en général à partir de 8 à 10ans d’évolution de la maladie.

    L’histoire naturelle de la rectocolite apparaît comme une série de poussées évoluant vers des périodes de rémissions plus ou moins longues  avant une nouvelle poussée. Les traitements seront adaptés aussi en fonction de la fréquence de  ces cycles de poussées-rémissions.